J'ai déjà voulu être prof.

Cet article provient de mon ancien blog.


Qu'ont en commun des professionnels de la finance et des enseignants? Ne sont-ils pas issus de deux mondes complètement différents? Pourtant, plusieurs professionnels en marketing, en communication, en gestion et même en finance auraient aimé enseigner. C'était à l'origine leur premier choix. Pourquoi ont-ils préféré leur deuxième?


« Les conditions de travail sont mauvaises et les salaires sont bas. Et une classe d'élèves, c'est pas très discipliné ». C'est généralement ce ça donne quand on leur pose la question. Trop d'élèves par classe, mais aussi trop de gestion par classe pour ce que ça rapporte en résultat. Je me dis qu'ils ont donc choisi un métier qui était plus payant et plus utile à la société…


C'était sarcastique.


Évidemment, salaire ne rime pas avec degré d'utilité. D'ailleurs, on dirait que plus on avance dans notre société supra-moderne 3.0, plus les exemples à cet égard se multiplient. Pourquoi les médecins sont-ils très bien payés si on les compare à bien des doctorants en anthropologie? Rien à voir avec les années d'étude, n'est-ce pas?


Oui, nous connaissons la chanson: le médecin sauve des vies. La peur d'être malade ou de mourir rend leurs conseils très nobles. L'élève ne doit pas seulement avaler une pilule, le service que l'enseignant lui donne vient avec du travail et des devoirs!


Ce qui gonfle les salaires, c'est la rareté, la vente, la peur ou le lobbyisme. Or, la profession enseignante n'a rien de tout cela, si ce n'est qu'un syndicalisme qui fait ce qu'il peut. Surtout, la profession enseignante traîne un passé qui freine son évolution. Je crois qu'il faudra touner des pages si on veut faire évoluer la profession et l'amener à un autre niveau.


Et quel pourrait être cet autre niveau? Outre le salaire, la notoriété et la valorisation du métier sont à refaire. Et cela devrait commencer par la formation des maîtres, c'est-à-dire le baccalauréat en enseignement au primaire et pré-scolaire ou au secondaire. Il faut bonifier la partie pratique jusqu'à une qualité diamant. Il n'est pas normal qu'un enseignant doive faire quatre ans d'études universitaires - principalement théoriques - alors qu'il apprend 80% de son métier en le pratiquant. C'est comme de donner un diplôme à un chirurgien sans qu'il ait la pratique nécessaire pour opérer.


J'en reparlerai peut-être dans un prochain article, mais pour moi… comment dire… ces quatre années «d'étude» sont une perte énorme de temps (et d'argent) pour les étudiants. Les universités modifieront bientôt le programme, mais le changement risque d'être trop minime, car ils ont beaucoup de contraintes à respecter (rentabilité, exigences ministérielles, syndicats, etc.).


Ensuite, les rapports parents/enseignants et enseignants/élèves se dégradent. C'est une chose d'avoir des enseignants bien formés, c'en est une autre de faire grimper leur notoriété aux yeux de la population. Je ne parle pas ici de faire des annonces publicitaires pour dire aux gens comment les enseignants sont des gens importants dans la société. Beaucoup trop éphémère. Ça prend une nouvelle essence qui entraîne un changement de paradigme permanent dans la machine. En ce moment, l'utilisateur-payeur se sent très à l'aise à dire sa façon de penser aux enseignants, d'autant plus que ces derniers sont dépourvus de moyens pour accomplir leur mission efficacement. L'enseignant est présentement un exécutant de bas de pyramide, sur qui on met tous les espoirs pour faire performer les élèves. Usé, fatigué et déprimé, l'enseignant-type dont j'ai l'image est devenu surutilisé par le système.


Rien à voir avec Alison, professionnelle de la finance qui fait son jogging sur les Plaines d'Abraham en pensant à son prochain projet de voyage, au prochain défi qu'elle relevera, ou à sa famille qu'elle invitera au chalet ce week-end.


Bref, il faut rendre la profession d'enseignant plus agréable, et cela commence par les études universitaires des futurs enseignants. N'oubliez pas que pour trois années d'études (au lieu de quatre), un étudiant brillant peut décrocher assez facilement un emploi deux fois mieux rémunéré. Et ce n'est pas seulement une question de temps, mais aussi de qualité et d'efficacité. Selon moi, tant que la formation des maîtres ne sera pas «compétitive», on verra des Alisons qui contourneront la profession avec désolation, puis avec le sentiment d'avoir bien fait. Ensuite, c'est la profession elle-même qui doit changer. Comment le faire? Il faudrait peut-être commencer par redéfinir l'éducation, la repenser, la ré-inventer. Peut-être faudrait-il se rendre compte que le pédagogue et le financier ont des points en commun. Il est juste dommage que l'enseignant quitte le Club sélect des valorisés avant d'avoir déposé son manteau au vestiaire.


Guillaume Picard

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