Aider sans aider


Cet article provient de l'ancien blog de Guillaume Picard.

Parfois, en tant qu’intervenant, il faut accepter que le meilleur moyen d’aider est de ne rien faire. Mais c’est tellement difficile à faire qu’on préfère laisser tomber l’idée. Pourtant, c’est lourd de conséquence…


L’an dernier, je me suis rendu dans une école aux adultes pour décrocheurs, dans le cadre d’un projet avec l’Université de Montréal. Avant d’amorcer le projet et de prendre des décisions pour atteindre les objectifs, j’ai décidé de suivre quelques élèves pour comprendre leur milieu, leurs difficultés et pour entrer en contact avec eux. Certains d’entre eux étaient motivés à avancer, d’autres non. L’un d’entre eux, 16 ans, en retard de deux années scolaires, était démotivé. Il se levait sans cesse de sa chaise, arrivait souvent en retard et manquait régulièrement des avant-midi. En creusant un peu, je me suis rendu compte que sa situation familiale et sa manière de gérer son argent ne l’aidait pas dans sa motivation. On payait trop de choses pour lui. J’ai donc entrepris de lui montrer à faire un budget. Comment pouvait-il croire à ses rêves et les saboter avec une mauvaise gestion de son argent? Puis, après une ou deux séances sur les rudiments de gestion de portefeuille, l’élève n’était plus intéressé. Il préférait dépenser. Je lui ai répondu la phrase cruciale : « je ne peux plus t’aider Jean-François ». Et je lui ai expliqué pourquoi.


Convocation à la direction. On ne comprend pas mon approche. On veut savoir pourquoi je ne veux pas aider l’élève. Je réponds que c’est l’élève qui ne veut pas s’aider, que la meilleure façon de l’aider est de ne pas l’aider. Que parfois, il faut que l’apprenant soi seul dans ses décisions et qu’il en assume les conséquences. Que j’avais beau lui donner des trucs pour être attentif, que sa démotivation était plus grande et qu’il ne voulait pas changer sa source. Que si je l’aidais de cette façon, je ne l’aiderais pas.

Mais rien à faire, on ne comprend pas plus après mes explications. Ça fait 40 minutes que je suis dans le bureau et je trouve la situation ridicule. Je comprends pourquoi ces élèves ont encore de la difficulté à se raccrocher. On les aide trop. On les conseille du mieux qu’on peut, mais ils sont tellement perdus, qu’au fond, on prend les décisions à leur place.


***


C’est la même chose avec les devoirs dans les autres écoles. Souvent, trop souvent, quand je m’installe pour aider un élève à la maison, il a le réflexe d’attendre que je parle le premier, que je fasse la première action, que je lui dise de sortir ses choses, que je lui demande quels sont ses devoirs, et même que j’ouvre ses cahiers à sa place. Hélas, j’ai le réflexe d’attendre aussi. Après quelques secondes, il se demande ce qui se passe. Je lui lance alors un «comment puis-je t’aider?», avec mon plus grand sourire.

S’il sait parler, l’élève a la capacité de prendre des initiatives. Ne prenons pas l’initiative à sa place, ce serait lui nuire. Ce serait lui envoyer le message que les initiatives, ce sera nous qui les prendrons et qu’il ne deviendra pas autonome de sitôt! Et croyez-moi, les enfants comprennent très vite les messages.

Laissez-les parler. Laissez-les prendre l’initiative seuls. Et s’ils sont au début du primaire, amenez-les à prendre l’initiative de s’installer pour faire leurs devoirs. Montrez-leur comment pendant quelques temps. Puis, laissez-les faire après une semaine. Ne décidez pas de l’heure. Ne décidez rien, ni même la façon ou l’endroit pour les faire, sauf si c’est à l’intérieur de vos propres limites (et non des siennes). S’il ne prend pas l’initiative, à la troisième soirée, appelez l’enseignant le lendemain pour lui demander de lui donner une conséquence désagréable dont il se rappellera. La vie est faite de conséquences agréables ou désagréables qui suivent nos décisions. Vous les aiderez grandement pour l’avenir, je vous le promets.


En même temps, cela ouvre la porte à une autre discussion à avoir avec l’enfant : pourquoi devrait-il faire ses devoirs? Encore mieux, pourquoi devrait-il aller à l’école? Posez-vous la question. Ce n’est pas si facile d’y répondre. Pourquoi envoyez-vous votre enfant à l’école si ce n’est que parce que c’est obligatoire? (En passant, ça ne l’est pas!)


Si vous pensez que c’est pour bien pouvoir gagner adéquatement sa vie plus tard, arrivez en 2014, ce n’est plus le cas! On peut apprendre à lire, à compter et même à socialiser autrement qu’en allant à l’école.


De toute façon, l’important est que la question se pose, que l’enfant y réfléchisse et qu’il en vienne à la conclusion que l’école et ses apprentissages ont une utilité. S’il n’en vient pas à cette conclusion, vous aurez du pain sur la planche, et je ne parle pas ici de le forcer à l’accepter! Peut-être devrez-vous trouver différents angles, perceptions ou même différentes alternatives…


C’est la base de la motivation, savoir pourquoi on fait les choses, avoir un but. Plus l’enfant grandit, plus une démotivation existante s’accumule et peut mener au décrochage.


Et en passant, le décrochage, ce n’est pas mal! C’est juste une étape vers plus d’autonomie. Cessons de faire un plat avec cela. Un élève motivé avance cent fois plus vite qu’un élève démotivé. Encore faut-il qu’il soit vraiment motivé.


Si on laisse savourer le vide, on donne accès à la plénitude.


Bonne rentrée à tous!


Guillaume Picard

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