Le souhait d'Alicia

Cet article provient de mon ancien blog.


Lorsqu'une machine file à toute vapeur, il faut que leurs intervenants suivent. Ils ont beau avoir les plus belles idées au monde, elles ne sont pas toutes réalisables. Les directions d'école font ce qu'elles peuvent avec les cas problèmes. Les intervenants aussi. Cependant, j'ai souvent remarqué que les intervenants suivent des idées préconçues de leur domaine d'étude. Sur leurs talons de paye, c'est écrit le titre de l'emploi. Ils sont payés pour cela. Un orthophoniste pense comme ci. Un audiologiste pense comme ça. Rarement ils sont collés sur leurs intuitions. Mais surtout, ils ont une pression, celle de la performance scolaire.


Imaginez les parents. Leurs intuitions sont confrontées à la science, à des spécialistes, qui eux ont la vérité, car elle est scientifique, vérifée...


Et ça revient toujours à cette idée de performance. Quand je me promène dans une école, les murs me parlent. « Un élève doit au moins être capable de se concentrer cinq minutes. Un élève doit au moins être capable d'apprendre ses tables de multiplication. Un élève doit être au moins être capable de lire un texte et de répondre aux questions... au moins être capable de savoir ce qu'est une fonction affine, au moins être capable de suivre la moyenne de la classe et de passer à l'autre niveau, au moins être capable de construire d'expliquer la composition d'une cellule humaine... au moins, au moins». Bref, un élève doit au moins être capable de finir son secondaire III. Car au moins il devra décrocher un diplôme d'études professionnel. Ou si les standards sont plus élevés, il devra au moins obtenir un diplôme d'étude secondaire ou collégial ou universitaire. Redondant non?

En fait, les élèves ne comprennent pas tous pourquoi ils sont à l'école. Une normalité ont-ils fini par se dire. Tout le monde le fait. Tout le monde doit au moins... Au mieux, ils répètent ce que leurs parents leur ont dit et ils ont la paix: «l'éducation, c'est très important».


Et ça va trop loin. Hier, une mère m'appelle pour me dire que sa fille a besoin d'un appareil pour l'aider à lire. Un liseur automatique. Moi de répondre: « Cela va surtout aider les intervenants. Êtes-vous en train de me dire que votre fille devra avoir un lecteur automatique lorsqu'elle voudra lire les étiquettes à l'épicerie? Devra-t-elle traîner cet appareil lors de ses réunions professionnelles plus tard? Ou à la limite, pour lire les panneaux de circulations?». Et pourtant, quatre jours plus tôt, j'étais chez cette cliente en train de lui prouver que sa fille pouvait non seulement apprendre tous ses mots de vocabulaire de la semaine comme tous les autres — imaginez, l'enseignante donnait la dictée à la classe en fonction de la quantité de mots que cette élève avait pu apprendre! — mais qu'elle pouvait aussi apprendre en une semaine 80% des mots de tout le mois!


Un plan d'intervention. Convoquer la mère et sa fille à une réunion avec la directrice, l'orthopédagogue et l'enseignante, afin de la munir de cet appareil. Une école publique. Qu'est-ce que la mère peut dire? « Non madame la directrice, ma fille apprendra sans cet appareil.» Les parents ne peuvent pas expliquer à des professionnels comment faire leur travail! Surtout lorsque leurs services sont gratuits (école publique). Que peuvent-ils faire? Comment ne pas se soumettre à ceux qui sont formés pour ce genre de problème?

La farce, c'est qu'il n'y a pas de problème. En fait, l'école en a un. L'école a intérêt à faire avancer les élèves. Les faire avancer, pas nécessairement dans le sens de leur croissance personnelle, mais en terme d'apprentissage de ce que le programme exige. Il faut bien comprendre cela et se le redire souvent. Il y a un programme. Les écoles, traditionnelles ou alternatives, doivent le suivre. Or, ce n'est pas nécessairement ce que l'enfant a besoin dans son moment présent. Pour reprendre l'exemple de cette élève ayant de la difficulté à lire, peut-être n'a-t-elle pas besoin de suivre le groupe?


Peut-être surtout n'a-t-elle pas besoin d'appareil, et peut-être a-t-elle besoin que quelqu'un s'assoie véritablement avec elle pour lui enseigner à lire? Je suis convaincu que cette élève peut un jour devenir ministre, chef d'entreprise ou même écrivaine. Sans appareil.


Pour ce qui est des plans d'intervention, je trouve que bien que l'élève soit invité à participer aux rencontres, cela ne vient pas de lui. Le meilleur aide qu'on puisse recevoir vient d'abord de soi-même. J'ai souvent l'impression que les plans d'interventions sont automatisés: « l'élève a un TDAH alors on va lui donner plus de temps». L'élève a ceci alors on va lui laisser cela. Dans mon camp, si l'élève a ceci, on doit peut-être se regarder soi-même, regarder l'environnement dans lequel il vit, déterminer si ce ceci n'est pas un problème pour nous plutôt que pour l'élève. C'est la raison pour laquelle je crois qu'on ne devrait pas exiger des élèves, mais plutôt les accompagner dans leurs défis. Pour moi, c'est ça le rôle de l'école.


Si je réponds cela à cette cliente, elle ne fera plus appel à mes services! Et elle aurait raison! Alors, concrètement, que peut-on faire en tant que parent devant les problèmes scolaires de ses enfants? D'abord, prendre l'école avec un grain de sel. Il y a d'autres priorités. Son bonheur. Son apprentissage. Son éducation. L'éducation, ce n'est pas nécessairement l'école et son programme. J'entends déjà des parents dire: « Oui, mais Guillaume, mon enfant doit obtenir un diplôme s'il veut travailler». On se calme. Le diplôme n'est pas pour ce soir. Il se rattrapera quand son plan de vie sera clair. Et si son premier objectif était d'avoir la fierté de ses bons résultats? On commence à aboutir à quelque chose. Parce que ça viendrait de l'enfant. Pas du parent. Pas de l'école.


Ensuite, conséquemment, écouter ce que l'enfant veut. Pas avec ses paroles, car bien souvent, il répète ce qui nous fait plaisir, il a été conditionné à cela. « Aimerais-tu, Alicia, être capable de lire des histoires par toi-même, comme celle que je viens de te lire?», demande son père. Le visage d'Alicia s'illumine. Avant même qu'elle n'ait répondu, son père sait qu'il doit investir dans son apprentissage de la lecture.


- Oui j'aimerais ça!, répond Alicia avec un accord d'espoir et une blue note de tristesse.


- Es-tu prête à faire tous les efforts qu'il te faudra pour y arriver? Tu sais qu'il a un prix à payer pour cela, n'est-ce pas?, lui demande son père.


- Oui, sourit Alicia.


- Un prix à payer pour toute récompense, lancent-ils en choeur.


Ils éclatent de rire... Bientôt, Alicia saura lire. Elle aura réalisé son défi. Sans appareil et sans pilule magique. Mais avec son coeur, sa détermination et son amour. Car elle est respectée et elle apprend à se respecter.

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