Les étapes négligées

Cet article provient de mon ancien blog. J'ai crû bon de le ramener ici.


Il existe une notion que nous avons écartée dans notre façon d'enseigner. Nous l'avons fait sans le vouloir, pour une seule raison: produire en masse. Nous avons pensé que la standardisation des apprentissages permettrait d'être plus efficace, plus rapide, plus contrôlable.


Conséquemment, nous avons des élèves qui ne suivent pas en classe. Ils ne suivent pas parce qu'ils ne vont pas au même rythme, entre autres. En s'adressant à un groupe, nous espérons que tous les membres du groupe suivent ce qu'on dit. Au fond, nous savons qu'il n'en est rien. Mais nous ne pouvons pas vraiment faire autrement, le système est fait comme cela. Il y a 20 à 30 élèves par classe, et « il faut que tout le monde avance ». Pas le temps d'y aller un par un, sauf pour des interventions ponctuelles. Quel enseignant dresse un portrait à jour des apprentissages de chaque élève? Pourtant, il ne faut pas remonter très loin dans l'histoire pour s'apercevoir que c'était la norme durant une très grande période.


Si j'ai choisi ce sujet pour un de mes premiers billets, ce n'est pas pour rien: c'est le pire ennemi de l'apprentissage en classe. Je le vois chaque jour avec mes élèves. Parfois, je me dis: «comment peut-on donner un tel devoir à cet élève alors qu'il en est encore à 5 étapes antérieures»?


Mais c'est le même devoir pour tous. Nous pensons que ce devoir découragera l'élève, mais en fait, il est découragé depuis un bail déjà. Il se débat quand même et nage dans les eaux des autres. Il comprend certains bribes, mais ce n'est pas assez pour réussir le problème.


On a oublié un vieil adage tout simple: étape par étape.


On a oublié qu'il fallait se coller sur l'élève et passer du temps avec lui pour connaître une chose primordiale: l'étape où il est rendu.


Et le comble, c'est qu'on a cru que les étapes se suivaient sur une ligne bien droite. Première foutaise. Les étapes ne sont pas les mêmes pour chaque apprenant. Elles sont personnelles. Certains montent de plus grandes marches pour arriver à destination. Ceux-là ont besoin de moins d'étapes. D'autres scrutent chaque marche...


Or, on a aussi cru que monter de plus grandes marches était plus formateur. On va plus vite, on fait moins de détours. On est plus efficace et on peut passer à autre chose, faire des travaux plus soignés. C'est une deuxième foutaise. L'élève qui prend plus de temps est le génie des espaces qu'il occupe. Ou pas. Tout dépend de lui. Mais sortir des sentiers battus a permis les plus grandes découvertes, les plus grandes créations. Parce que l'apprentissage peut se faire sur plusieurs niveaux à l'intérieur d'une étape, et développer d'autres intelligences.


Alors, concrètement (si nous l'avons perdu, il serait utile de le rappeler), comment peut-on procéder étape par étape? Voici 10 étapes faciles.


1. Commencez par cerner la difficulté générale (exemple: la soustraction de fractions)

2. Faites quelques problèmes vous-mêmes, en face de l'élève, en expliquant clairement ce que vous faites.

3. Demandez-lui qu'il en essaie un, mais restez à ses côtés. Corrigez-le au besoin. Refaite des problèmes avec lui au besoin.

4. Demandez-lui d'essayer un ou deux problèmes seul, puis changez de pièce.

5. Revenez dans la pièce et corrigez.

6. Travaillez sur autre chose que sa difficulté, de manière à changer d'espace, d'amener l'attention ailleurs, pour environ 5 minutes.

7. Revenez à la difficulté en lui donnant un autre problème qu'il fera seul. Changez de pièce.

8. Revenez et corrigez.

9. Donnez-lui une série de problèmes de la même série, pour qu'il pratique ce qu'il a appris dans la semaine.

10. Donnez-lui un problème régulièrement, mais en espaçant de plus en plus. Par exemple: le 12 janvier, le 14 janvier, le 18 janvier, le 24 janvier, le 15 février, le 15 mars, le 15 mai, le 15 juillet...



L'idée est de rendre sa compréhension et sa compétence béton, sans failles. À partir de l'étape 7, augmentez la difficulté, mais toujours en reprenant les étapes 1 à 8. Assurez-vous toujours que ce qu'il pratique soit relativement facile pour l'élève, mais en augmentant la difficulté une fois que c'est devenu béton.


Après chaque étape, on devrait se poser la question suivante: « Si je veux lui ajouter de la difficulté, mais très peu, quelle serait la prochaine étape»? Vous verrez, cela va aller mieux. L'enfant aura plus confiance en lui.


Je crois réellement que cela pourrait changer quelque chose dans l'apprentissage de nos enfants. Malheureusement, cette vieille notion n'est pas appliquée dans notre système d'éducation, sauf pour certaines écoles alternatives qui ont fait éclater les niveaux. On entend ces temps-ci que les commissions scolaires étudiaient certaines avenues pour que les élèves apprennent par eux-mêmes... je veux dire, vraiment par eux-mêmes, à l'aide de logiciels.


Sauf que pour moi, c'est encore de l'éducation de masse systématisée... Il y a de grands inconvénients à la standardisation. Mais c'est la méthode qu'on a choisie il y a 60 ans. Surtout, on ne veut pas perdre le contrôle.


Guillaume

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